Est-ce que tu comptes allaiter ?

On te l’a déjà posée, hein ?
« Tu vas l’allaiter ? »
Classique. Même moi je l’ai déjà faite, celle-là 🙄

Et franchement :
elle ne sert à rien.
Elle arrive toujours trop tôt, trop vite, souvent avant même que tu aies eu le temps de réaliser que tu es enceinte.

Et selon où tu en es dans ta grossesse, ça peut te faire sourire, t’agacer, te mettre la pression… ou juste te laisser perplexe :
comment répondre à une question sur quelque chose que tu n’as encore jamais vécu ?

C’est exactement de ça qu’on va parler ici :
✨ ce qu’on imagine avant
✨ ce qui se passe réellement après
✨ d’où viennent nos croyances
✨ et surtout : comment redonner aux femmes un espace pour choisir, vraiment.

Avant la naissance : la théorie (et nos illusions charmantes)

Quand j’étais enceinte, j’étais sûre de moi :
j’allais allaiter.

Je ne sais même pas d’où ça venait.
C’était une sorte d’évidence floue, un truc “naturel”.
Comme accoucher chez moi ou utiliser des couches lavables. Une sorte de pack “instinct maternel + maternage + retour aux sources”.

Je m’étais dit :
« Six mois, c’est bien. »

Je ne savais pas que j’allais ensuite découvrir que six mois, dans la vraie vie, c’est un Everest pour beaucoup de mères…
et peanuts au regard de la physiologie du mammifère humain.

Et puis j’ai accouché.
Et là…
La théorie, c’est parti à la poubelle.

Je ne m’attendais pas à autant de galères et de souffrances.
Un peu comme mon accouchement, finalement.

Je me suis retrouvée à absorber absolument tous les articles de La Leche League, à chercher ce qui clochait, pourquoi moi, j’y arrivais pas.
Je te passe le nombre de fois où on m’a sorti, avec un sourire de sauveur :
« Vous savez, un biberon, ça existe… »
Comme si c’était le Graal. 🙃

Et c’est là que j’ai compris :
on ne peut pas prévoir un allaitement.
On peut le préparer — et si c’est vraiment ce qu’on veut, j’irais même jusqu’à dire qu’on le doit.

Quand le bébé arrive : la vie, la vraie

J’ai rencontré une femme qui n’avait vraiment pas prévu d’allaiter ses jumeaux.
Et pourtant, quand son bébé a été posé contre elle, la bouche grande ouverte, elle l’a instinctivement mis au sein.
Elle a allaité huit mois.

Il y a celles qui avaient tout prévu, et qui tombent dans un démarrage compliqué : crevasses, positions improbables, conseils contradictoires, solitude intergalactique.

Il y a celles qui renoncent le cœur serré.
Celles qui arrêtent sans regret.
Celles qui deviennent lionnes pour que ça marche.
Celles qui allaitent longtemps, très longtemps, alors qu’elles pensaient “juste tenter pour voir”.

Et tout ça est normal.
Il n’y a pas UNE façon de vivre l’allaitement.

100 ans de chiffres : ce qu’ils disent (et ce qu’ils ne disent pas)

En France, voilà la tendance :

1920–1950 : plus de 90 % des mères allaitent à la naissance, mais seulement quelques mois.
1960–1970 : chute brutale – moins de 40 % de mises au sein en maternité.
1980–2000 : remontée progressive.
Aujourd’hui :
– 70 % allaitent à la naissance
– 50 % à 1 mois
– 25–30 % à 6 mois
– 10–15 % au-delà d’un an

Mais attention :
Ces chiffres ne racontent pas juste “ce que veulent les femmes”.
Ils racontent l’histoire des croyances qu’on a fabriquées autour de l’allaitement.

Le mythe du “lait pas assez nourrissant” : l’un des plus gros mensonges du siècle

Si tu demandes à 10 femmes pourquoi elles ont arrêté d’allaiter,
tu en as au moins 7 qui te diront :

« Je n’avais plus assez de lait. »
« Mon lait n’était pas assez riche. »

Ce mythe est tellement ancré que même aujourd’hui, certaines hésitent à allaiter par peur que leur lait ne suffise pas.

Et pourtant :
la quasi-totalité des femmes produit assez de lait, et un lait parfaitement adapté.

Ce n’est pas une croyance instinctive.
C’est une croyance construite.

Par qui ?

➡️ Par une industrie qui avait un produit à vendre.
➡️ Par des “professionnels” très mal formés… voire pas formés du tout.

Le lobbying du lait industriel : une machine bien rodée

À partir des années 60, les fabricants de laits artificiels ont :

  • distribué des échantillons dans les maternités,

  • glissé leurs brochures dans les cabinets médicaux,

  • créé des publicités pseudo-scientifiques,

  • fait passer leur produit pour plus stable, plus sûr, plus moderne.

Et surtout :
ils ont fait croire que leur lait était équivalent — voire meilleur — que le lait maternel.

Le terme « lait maternisé » est né à ce moment-là.
Une prouesse marketing brillante… et terriblement trompeuse. Aujourd’hui, il est d’ailleurs interdit.

L’objectif ?
Que les femmes doutent de leur propre corps.
Et qu’elles fassent confiance à une boîte plutôt qu’à leur physiologie.

Quand l’OMS a dit : “ça suffit”.

Dans plusieurs pays, le passage massif au lait industriel a provoqué :

  • une hausse des maladies infantiles,

  • des infections graves,

  • des complications digestives,

  • une augmentation de la mortalité.

Pourquoi ?
Parce qu’on disait aux femmes que le biberon était “mieux”, alors que les conditions d’hygiène, de dilution ou de stockage n’étaient pas réunies.

L’OMS a alors lancé un message clair, mondial, urgent :

“Aucun lait artificiel ne rivalise avec le lait maternel.”

Et c’est grâce à ça — et pas grâce à un “retour à la nature” romantique — que les taux d’allaitement ont remonté.

Et aujourd’hui ? Un choix qui doit être VRAIMENT informé

« Mon corps, mon choix. »

Oui.
Mais un choix n’est libre que si les femmes sont correctement informées.

Aujourd’hui encore, beaucoup croient que :

  • “le lait artificiel, c’est pareil”,

  • “tout se vaut”,

  • “mon lait n’est peut-être pas assez riche”.

Ce n’est pas un manque de volonté.
C’est le résultat :

  • de 60 ans de marketing,

  • d’un manque d’accompagnement,

  • d’un vide énorme dans la formation des pros de santé.

L’allaitement est devenu un enjeu politique et profondément féministe.
Parce qu’allaiter dans ce pays, c’est un véritable parcours de combattante.
Un choix difficile à faire… et encore plus difficile à tenir.

Les femmes qui allaitent longtemps sont souvent celles qui en ont matériellement la possibilité — ou qui acceptent d’entrer dans une forme de précarité :
congé long, métier compatible, soutien du conjoint, entourage informé…

L’allaitement n’est donc pas qu’une question de volonté.
C’est une question de conditions de vie, d’accès à l’information, de culture, de charge mentale et de politiques publiques.

Honnêtement, tout semble fait pour nous faire renoncer.

J’ai rencontré tellement de femmes qui garderont toute leur vie un sentiment amer d’être passées à côté de leur allaitement.
Tellement de récits d’allaitements “échoués” qui auraient pu être sauvés avec un bon accompagnement…
au lieu d’une tartine de culpabilité servie à tous les repas.

À chaque fois, j’ai le cœur qui se serre.
C’est du vol.
Comme pour nos accouchements :
ce sont des événements uniques, qui ne se représenteront jamais avec ce bébé-là.

Alors, si tu es enceinte…

Je ne peux que te recommander d’assister à une réunion d’allaitement pendant ta grossesse.
Tu verras des femmes allaiter — ce que, soyons honnêtes, la plupart d’entre nous n’a jamais vraiment vu.

On peut mettre des seins nus sur des affiches géantes pour vendre des voitures…
Mais allaiter son enfant dans l’espace public ?
Tu n’es pas à l’abri de te prendre un regard assassin, une remarque déplacée — voire une baffe sociale en pleine tronche.

Écouter d’autres femmes parler de leur réalité aide à sortir du fantasme-bisounours…
et ça prépare énormément à ce qui t’attend.

Parce que ce qu’on se dit toutes, c’est :
“Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi personne ne nous a rien dit ? 🥺”

Tu peux aussi aller voir le spectacle de Florence Foresti Mother Fucker.
Ça donne des indices… et ça fait marrer 😜

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