🌙 Le cododo : une pratique aussi ancienne que l’humanité

Pour mon premier bébé, j’avais tout prévu.

J’avais acheté un magnifique berceau. Tu vois ceux qu’on voit dans les films ? Avec le voile qui tombe élégamment de chaque côté et qui donne l’impression que ton bébé va dormir paisiblement toute la nuit dans un cocon parfait.

Je l’ai revendu au bout d’un mois.

Pourtant, il était installé juste à côté de mon lit.

Mais la réalité ressemblait davantage à ça :

🤱 Le bébé se réveille.

🤱 Je me lève.

🤱 Je l’allaite.

🤱 Je lutte pour ne pas m’endormir assise.

🤱 Je la repose.

🤱 J’essaie de ne pas la réveiller.

🤱 Je me recouche.

🤱 J’essaie de me rendormir.

Puis une heure plus tard, on recommence.

Nuit après nuit, l’épuisement s’est installé.

Je me suis alors rendu compte que ce n’était pas l’allaitement qui était difficile.

C’était toute la logistique autour.

Alors progressivement, j’ai arrêté de sortir du lit pour allaiter. Je gardais ma fille contre moi. Puis j’ai découvert l’allaitement allongé.

Et là, tout a changé.

À cette époque, nous avions un lit en 140 cm. Nous avons récupéré un lit à barreaux dont nous pouvions retirer complètement un côté. Nous l’avons fixé contre notre lit pour créer une extension.

Officiellement, c’était pour le bébé.

En réalité, cela me servait aussi beaucoup à entreposer tout mon matériel d’HNI : le pot, les langes, les vêtements de rechange…

Petit à petit, nous avons trouvé notre équilibre.

Et puis ma fille a grandi.

Elle a dormi avec nous pendant plusieurs années.

Et contrairement à ce que l’on m’avait souvent prédit, elle ne dort pas encore dans mon lit à l’adolescence.

😅

À 6 ans, c’est elle qui a demandé sa propre chambre.

Aujourd’hui, son sommeil va très bien.

Comme quoi, l’autonomie ne se décrète pas. Elle arrive souvent naturellement lorsque les besoins de sécurité sont suffisamment nourris.

Pour ma deuxième fille, l’histoire a été différente.

Entre-temps, j’avais entendu beaucoup de discours sur le fameux « sommeil autonome ».

On m’expliquait qu’il fallait apprendre aux enfants à dormir seuls.

Qu’ils devaient s’endormir sans aide.

Qu’il fallait faire attention à ne pas créer de dépendance.

À force d’entendre ces messages, surtout dans une période où j’étais déjà profondément épuisée, j’ai commencé à douter.

Quand on est en plein burn-out parental, on devient parfois vulnérable aux promesses de solutions miracles.

Je me suis laissée embarquer dans des approches qui ne correspondaient pourtant pas à mes valeurs profondes.

J’ai davantage lutté contre ses besoins.

J’ai essayé de faire autrement.

Et avec le recul, je pense que je ne l’ai pas accompagnée aussi sereinement que son aînée.

Je m’en suis longtemps voulu.

Parce qu’au fond, je savais déjà ce dont les bébés ont besoin : de proximité, de sécurité et d’adultes capables de les accompagner là où ils en sont.

Puis mon troisième enfant est arrivé.

Cette fois, je ne me suis plus laissé influencer par les injonctions extérieures.

J’avais suffisamment d’expérience pour savoir que chaque enfant est différent.

J’ai donc suivi ses besoins avec davantage de confiance.

Pourtant, son sommeil a lui aussi rencontré des difficultés.

Pourquoi ?

Parce qu’à l’âge de deux ans et demi, il a dû traverser un bouleversement majeur : la séparation de ses parents.

Et forcément, cela a eu un impact sur son sentiment de sécurité et sur son sommeil.

Cette expérience m’a rappelé quelque chose d’essentiel :

💡 Le sommeil des enfants est multifactoriel.

Le cododo n’explique pas tout.

L’absence de cododo n’explique pas tout non plus.

Le tempérament de l’enfant, son développement neurologique, les événements de vie, le stress, les séparations, les changements familiaux, la maturité émotionnelle… tout cela joue un rôle.

Alors lorsque l’on me demande aujourd’hui si le cododo est une bonne ou une mauvaise habitude, je réponds généralement que la question mérite d’être posée autrement.

Et si le véritable étonnement n’était pas que les bébés dorment avec leurs parents…

…mais plutôt qu’on s’attende aujourd’hui à ce qu’ils dorment seuls ?

🌍 Une question très occidentale

Lorsqu’on devient parent aujourd’hui, on entend souvent la même question :

« Alors, il dort dans sa chambre ? »

Cette question paraît parfaitement normale.

Pourtant, à l’échelle de l’histoire humaine, elle est extrêmement récente.

Pendant des milliers d’années, les familles ont partagé leurs espaces de vie et de sommeil.

Les maisons étaient petites.

Les fratries nombreuses.

Et il était tout simplement impossible d’attribuer une chambre à chaque membre de la famille.

Aujourd’hui encore, dans de nombreuses cultures, les enfants dorment à proximité de leurs parents sans que cela ne fasse débat.

Disposer d’une chambre individuelle pour chaque enfant est en réalité un privilège lié à notre mode de vie moderne.

Nos représentations du sommeil sont donc largement influencées par notre culture.

🐾 Le bébé humain est un mammifère

Cela peut sembler évident.

Et pourtant.

Lorsqu’un bébé réclame la proximité de ses parents la nuit, nous avons souvent tendance à interpréter ce comportement à travers le prisme de notre culture.

Nous parlons d’habitude.

De dépendance.

D’autonomie.

Mais du point de vue de la biologie, un nourrisson agit surtout comme un petit mammifère.

Un faon reste près de sa mère.

Un bébé chimpanzé dort contre elle.

Un chaton se blottit contre sa fratrie.

Le bébé humain, lui aussi, est programmé pour rechercher la proximité.

Pendant des centaines de milliers d’années, cette proximité a été une question de survie.

Le cerveau du nourrisson ne sait pas qu’il dort dans une maison sécurisée avec un babyphone connecté.

Il sait simplement qu’être proche de ses figures d’attachement augmente ses chances de survie.

🤱 James McKenna et le sommeil partagé

Les travaux de James McKenna ont largement contribué à faire évoluer notre compréhension du sommeil des nourrissons.

Selon lui, l’allaitement et le sommeil partagé forment un système biologique qui a évolué ensemble au fil du temps.

Lorsqu’une mère allaitante dort à proximité de son bébé, leurs cycles de sommeil ont tendance à se synchroniser partiellement.

Le bébé accède plus facilement au sein.

La mère répond plus rapidement à ses besoins.

Et chacun se rendort souvent plus facilement après les réveils nocturnes.

Cela ne signifie pas que toutes les familles doivent pratiquer le cododo.

Mais cela explique pourquoi tant de parents y viennent naturellement.

⚠️ Le cododo en toute sécurité

Parler des bénéfices du cododo ne signifie pas ignorer les risques.

Le partage du lit nécessite certaines précautions indispensables.

Tous les environnements de sommeil ne présentent pas le même niveau de sécurité.

Les canapés, fauteuils, matelas inadaptés ou situations impliquant tabac, alcool ou médicaments sédatifs augmentent considérablement les risques.

Si vous envisagez de partager votre lit avec votre bébé, prenez le temps de vous informer auprès de sources fiables sur les recommandations de sécurité les plus récentes.

💛 En conclusion

Après trois enfants, je ne crois plus aux recettes miracles.

Je ne crois pas qu’un enfant dormira mieux parce qu’il dort seul.

Je ne crois pas non plus que le cododo résout toutes les difficultés de sommeil.

Ce que j’ai appris, en revanche, c’est que les enfants ont besoin de sécurité.

Et que cette sécurité prend parfois la forme d’une présence rassurante au milieu de la nuit.

Le cododo n’est pas une obligation.

Ce n’est pas non plus un échec de l’autonomie.

C’est simplement une manière parmi d’autres de répondre aux besoins d’un tout-petit.

Une manière qui, finalement, accompagne les familles depuis aussi longtemps que l’humanité existe.

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